Burgkirche, Rarogne.
Rilke choisit délibérément un point d’ancrage dans la région francophone, à quelques kilomètres de la frontière linguistique, marquée par la rivière Raspille. Le paysage valaisan lui rappelle la Provence, l’Espagne, même la vallée du Nil. Il entreprend des randonnées le long du Rhône, ainsi que des excursions à Sion et au Lac Léman.
Dans le Haut-Valais germanophone, Rilke visite le théâtre de Rarogne et l’ancienne église au-dessus du village. C’est là qu'il souhaite commencer son dernier voyage. Il préfére d'être enterré dans le cimetière situé en hauteur, à côté de la vieille église de Rarogne. Sa tranquillité est l'un des premiers endroits d'où il a reçu le vent et l'immensité de la lumière de ce paysage.
Dans son testament, Rilke prévoit la fameuse inscription :
Rose, oh reiner Widerspruch, Lust,
Niemandes Schlaf zu sein unter soviel
Lidern.

De nombreuses interprétations traitent de ces vers. La contradiction de la rose, c'est compréhensible. La rose réunit la beauté et les épines. Dans de nombreux poèmes, Rilke parle des pétales comme des paupières de la rose. Mais la rose, c'est aussi un fameux exemple de la philosophie médiévale. Est-ce que la notion de la rose existe encore, quand la rose a disparu ? Cet exemple est cité dans la poésie moderne, par exemple par Gertrude Stein.
Le sommeil, c'est une métaphore de la mort. Est-ce qu'il s'agit d'un sommeil anonyme ? Ou plutôt du sommeil de personne, c'èst-à-dire d'un sommeil abstrait ? C'est le mot qui reste après la mort du poète : le mot « rose » et le sommeil qui n'est pas celui du décédé, mais « le sommeil de personne ». C'est comme ça qu'il peut être désirable de ne pas dormir éternellement, mais d'être ce sommeil éternel.
Chaque année, des visiteurs du monde entier viennent à Rarogne pour visiter le tombeau de Rilke et pour réfléchir sur ce poème. Rarogne est accessible depuis Sierre avec le train régional. La Fondation Rilke présente des expositions temporaires au Museum auf der Burg pendant les mois d’été.
