Depuis la publication de son roman Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, Rilke cherche de nouvelles formes d'expression. À Muzot, il achève les Élégies de Duino, suivies des Sonnets à Orphée, en février 1922, après avoir travaillé jour et nuit.
Mais il commence aussi à écrire en français. Ces poèmes ont un caractère tout à fait différent, plus classiques, plus simples, par exemple celui-ci qu'il adresse à sa lampe :
Lampe du soir, ma calme confidente,
mon coeur n’est point par toi dévoilé ;
on s’y perdrait peut-être ; mais sa pente
du côté sud est doucement éclairée.
C’est encore toi, ô lampe d’étudiant,
qui veut que le liseur de temps en temps
s’arrête étonné et se dérange
sur son bouquin, te regardant.
(Et ta simplicité supprime un Ange.)
La bibliothèque parisienne de Malte n'est pas encore oubliée. D'abord, le poème sur la lampe fait partie du cycle Tendres impôts à la France. Plus tard, Rilke l'insère dans le cycle valaisan qui est publié sous le titre Vergers.
